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De la conservation à la restauration

Un équilibre entre le gain apporté par la restauration et les risques encourus pour le document traité

Toute intervention sur un objet est potentiellement dangereuse pour celui-ci, c’est un risque décidé par le conservateur et encouru par le restaurateur. C’est pourquoi une restauration doit s’appuyer sur les bénéfices de l’intervention, on doit soupeser le risque encouru et le gain acquis.

La restauration est une démarche esthétique qui vise à restituer à l’objet son caractère originel (et non pas original, on cherche a restituer l’objet avant dégradation, pas comme il était à l’origine), mais aussi fonctionnel car elle permet la consultation ou lecture d’un objet.
La conservation, quant à elle, consiste à préserver cet objet, quitte à passer par une intervention directe lorsque cet objet subit une dégradation (on parle de conservation purgative).

Ci-dessus : une attaque de champignons après inondation ; ici l’on doit intervenir en urgence pour stopper la prolifération : il s’agit de conservation purgative.

L’atelier Librarii travail dans le domaine de la restauration, dans celui de la conservation purgative et dans le domaine de la copie de conservation ou de la sauvegarde des savoirs-faire.

La copie, lorsqu’elle est menée de façon rigoureuse, peut être considérée soit comme une restauration (on restaure l’image d’un objet sans pour autant intervenir dessus) ou bien comme une mesure de conservation, même si l’on préserve avant tout ici le contenu informatif de l’objet et non l’objet lui-même. Il s’agit d’une restauration virtuelle, comme on le pratique par exemple en égyptologie avec le numérique. Le but est à la fois l’étude des matériaux et des techniques et la restitution d’une lisibilité.

Plusieurs notions entre en jeu dans le travail de restauration :

- la réversibilité,
- l’innocuité chimique,
- le respect de l’objet et des techniques et matériaux mis en œuvre,
- le respect de l’aspect esthétique et historique,
- et la lisibilité des interventions.

La réversibilité doit pouvoir permettre à un futur restaurateur de revenir à l’état avant restauration. Il faut donc que celle-ci soit lisible et que les matériaux employés soient facilement retirés.

Il existe différents matériaux considérés comme stables par les organismes scientifiques. Mais il ne s’agit pas toujours de considérer un matériau seul mais une combinaison de matériaux : l’ensemble de la restauration doit être neutralisée.

Les techniques originelles doivent être respectées, dans la mesure ou elles ne font courir aucun risque à l’objet. Par exemple on peut teindre de façon naturelle un matériau de substitution, comme un cuir d’incrustation, mais certainement pas un cuir ancien.

Le restaurateur doit restituer l’aspect esthétique et historique de l’objet, c’est à dire que l’objet restauré doit être identifié comme un objet ancien avec toutes les particularités propres à son contexte d’origine. Il n’est pas question d’en faire un objet neuf.

Il ne s’agit pas non plus de dissimuler habilement les manques ou les diverses altérations, les altérations qu’a subies une œuvre font intégralement partie de celle-ci et doivent pouvoir être lues, même si elles ne sont pas mises en avant. Un restaurateur ou un spectateur doit pouvoir distinguer l’original des parties restaurées.

La restauration du livre et du papier.

Contrairement à une peinture de chevalet, un livre imprimé est un objet multiple. Mais chaque exemplaire possède sa propre personnalité, dans la reliure, dans les annotations qui lui ont été faites ou même dans la façon dont les feuillets ont pu être coupés, laissant ou non des témoins de la forme de feuille originale par exemple. Ainsi nous devons tenir compte de tous ces facteurs avant toute intervention.

Concernant le livre ancien on peut rencontrer des problèmes internes liés à la reliure (dégradée, incomplète, absente), au papier (acidification), aux encres (encres effacées, encres solubles) ou aux peintures (enluminures écaillées, pertes) ou bien des problèmes liés aux manipulations et à l’environnement : adhésifs, déchirures, pertes, acidification ou oxydation, décoloration, annotations, etc...

Les interventions les plus courantes que nous réalisons sont :

- la restauration du bloc livre. Il s’agit de la restauration du contenu papier (ou parfois parchemin) du livre : les déchirures, les manques accidentels, la saleté, les brûlures... Nous observons également le bloc livre en lui-même, à savoir son dos et ses tranches ; savoir si la colle de reliure n’a pas abîmé les fonds de cahiers par exemple

- des traitements particuliers peuvent être appliqués quand cela est jugé nécessaire : le lavage et ré-encollage, la déacidification (charge alcaline), les traitements aux solvants (dans le cas d’adhésifs par exemple) ou encore les consolidations et retouches.

- la reliure est un cas particulier : soit elle n’existe pas et il faut en créer une, soit elle existe mais très dégradée, soit seuls les endroits les plus fragiles sont abîmés. Dans le premier cas, une reliure à neuf est proposée, respectant les codes contemporains du livre et considérant les aspects techniques actuels. Quel que soit la solution adoptée, nous utiliserons toujours des méthodes permettant le retrait de la reliure sans dégradation du livre. Dans le second cas, une reliure à neuf est réalisée et les parties anciennes y sont ajoutées. On peut avoir le cas de cuirs incrustés, ou celui de déport avec une conservation sous film polyester ou pochette. Dans le dernier cas, seules les techniques d’incrustations sont envisageables : on ajoute des pièces neuves incrustées dans l’ancien (généralement du cuir de veau).

- les documents à plat, papier ou parchemin, peuvent subir divers traitements de nettoyage, désacidification, mise à plat, doublage, mise sous verre.