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Un exemple de peinture médievale : le XVe siècle français.

Je travaille actuellement sur une copie d’un tableau anonyme du XVe siècle, une peinture sur bois représentant une donatrice, typique de la peinture française de cette période (gothique).

Voici comment je procède :

le support est une petite planche de sapin de récupération (ancienne donc non soumise à gauchissement), poncée et taillée au format 19 x 29 cms. Cette planche est une coupe radiale, c’est à dire partant du centre vers l’extérieur.

un encollage est fait à la colle de peau de lapin additionnée d’alun de roche (colle à 10%) ;

un plâtre vient combler les trous et marques divers ;

une couche de plâtre est ensuite appliquée sur toute la surface (plâtre artisanal préparé avec du gypse cuit, additionné de 5% de chaux)

cette couche est poncée puis polie (papier de verre et poudre de prêle) ;

une couche de blanc d’oeuf est appliquée sur l’enduit (blanc d’oeuf battu en neige et filtré) ;

le dessin est tracé au pinceau (ébauche au blanc d’oeuf avec mélange ocre rouge et jaune et noir) ;

les couleurs sont placées avec une émulsion blanc d’oeuf / jaune d’oeuf (une omelette), celles-ci sont destinées à économiser les couleurs employées par la suite : on utilise des pigments de type oxyde de fer, des terres et du noir et du blanc (oxydes de fer rouge, jaune, vert, noir et blanc de céruse) avant de rehausser avec des couleurs ’nobles’ (cinabre, azurite).

Dans un premier temps je couvre les surfaces avec le ton médium final. Ensuite je reviens au ton de fond qui diffère souvent du ton final. Par exemple, les prairies sont vertes au final mais ce vert est appliqué sur un fond ocre qu’il faut appliquer en premier.

Pour le visage je travaille sur un fond médium (blanc de plomb, ocre jaune, oxyde rouge, cinabre) en alternant parties foncées et parties claires puis en modulant avec du rose, du jaune et du bleu. Le rose est la couleur chair, celle du modelé, le jaune se situe entre le rose et le blanc qui indique les zones lumineuses. Les ombres sont faites en alternant un rouge/noir (ombres du dessin) et azurite (qui apporte la dimension réaliste au visage). Du blanc pur est utilisé pour fondre les couleurs entre elles : à l’oeuf on ne peut créer de dégradé parfait, les traits de pinceaux sont toujours visibles, on utilise donc un pinceau humide pour fondre les couleurs entre elles après ’séchage’. En réalisant cela avec un peu de blanc ou de la craie on obtient un fondu parfait. De même dans les ombres, entre azurite et marron on lave les couleurs avec blanc et azurite.

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L’oeuf permet la superposition de couleurs transparentes et on travaille donc ainsi, par exemple en créant des verts par superposition de bleu sur du jaune.

Pour le rouge : couche 1 oxyde de fer rouge et jaune ; couche 2 cinabre et minium ; couche 3 laque végétale ou animale (garance ou carmin)

Pour le ciel : couche 1 bleu gris (azurite sale) et blanc ; couche 2 blanc d’une part et azurite avec blanc ; couche 3 azurite pure (nuances possibles avec noir et carmin)

Pour le visage : couche 1 blanc avec ocre jaune et oxyde de fer rouge ; couche 2 avec le même sauf le rouge (ici du cinabre) ; ombres avec d’une part ocre rouge et noir et azurite ; couche 3 blanc avec ocre jaune ; couche 4 blanc avec cinabre et minium ; réhauts blanc et noir.

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Il est très important, lorsqu’il s’agit de peindre un visage, de travailler le reste de la composition. Le rendu final du visage n’est en effet possible que si le décor environnant est bien précisé. Cela comprend l’expression : celle-ci ne sera jamais bonne si elle n’est pas soutenue par le décor extérieur.
Ici j’ai recalculé les mesures du visages, repeint les parties incorrectes et maintenant je m’occupe du fond avant de reprendre le visage, à la fin. On doit rééquilibrer les tons : il faut veiller à ce que sur toute la surface du tableau soit au même niveau de couleur. Si j’applique un blanc ou un jaune, il faudra certainement en ajouter sur le visage aussi, les couleurs sont réparties sur toute la surface, même s’il s’agit d’un très faible apport ou de petites touches très dispersées. On surveille les contraste afin qu’une zone ne soit pas plus claire ou plus foncée (ou plus mate) qu’une autre.

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Détail du visage :